Ce que « peau sensible » veut vraiment dire
L'expression est volontairement floue. Les dermatologues parlent de syndrome cutané réactif : une tendance de la peau à ressentir picotements, brûlures, démangeaisons ou tiraillements face à des déclencheurs que la plupart des gens ne remarquent pas. Ce n'est ni une maladie ni une affection unique ; c'est la description d'un comportement que la peau répète. La recherche dermatologique européenne estime régulièrement qu'environ un tiers des adultes européens déclarent une certaine sensibilité du visage, les déclencheurs les plus souvent cités étant les variations de température, les parfums à base d'alcool et les nettoyants riches en tensioactifs. Les personnes qui se décrivent comme ayant la peau sensible recoupent largement celles ayant des antécédents d'eczéma infantile, de rosacée ou de dermatite de contact, mais aussi celles qui n'ont rien de tout cela et présentent simplement une courbe de réponse plus serrée. Les deux groupes ont intérêt à lire attentivement les listes d'ingrédients.
Pourquoi « naturel » n'est pas synonyme de « doux »
Un produit naturel peut se révéler particulièrement agressif sur une peau réactive. Les huiles essentielles non diluées (menthe poivrée, cannelle, romarin, zeste d'agrumes) figurent parmi les déclencheurs les plus fréquemment signalés par nos clients. Les huiles de bergamote et de citron sont phototoxiques : elles peuvent provoquer une éruption induite par le soleil jusqu'à douze heures après l'application. Qu'une chose ait poussé dans un champ ne signifie rien en soi ; ce qui compte, c'est qu'elle ait été isolée chimiquement et concentrée mille fois au-delà de son état naturel. L'inverse est vrai aussi : des ingrédients synthétiques bien formulés (certains conservateurs, le niacinamide, des tensioactifs doux) peuvent être excellents pour les peaux sensibles. La bonne question n'est pas naturel contre synthétique ; c'est de savoir si cette concentration de cette molécule se pose poliment sur votre barrière cutanée ou non.